Sciences Po ouvre une chaire pour l’entrepreneuriat des femmes

Sciences Po annonce aujourd’hui l’ouverture d’une chaire pour l’entrepreneuriat des femmes. L’institution consacre par ailleurs un mois à l’égalité. Et toute l’année, Sciences Po fait en sorte que ses étudiants, qui occuperont des postes à responsabilité dans le privé et le public, aient tous les mêmes chances et ne reproduisent pas certains biais. Rencontre avec Charline Avenel, secrétaire générale de Sciences po depuis 2013. Cette ancienne de l’ENA (même promotion qu’Emmanuel Macron) a également œuvré au cabinet de Valérie Pécresse quand elle était à l’enseignement supérieur et la recherche.

Vous êtes secrétaire générale de Sciences Po, pourquoi est-il important que l’institution s’engage particulièrement en faveur de l’égalité ?

Sciences Po a pour mission de former des jeunes gens qui auront des rôles clefs aussi bien dans le privé et que le public. Notre responsabilité est de les amener à réfléchir et à être des acteurs de l’égalité. Depuis 2013, nous avons établi une feuille de route avec des objectifs, dont le développement de la recherche sur le genre, l’amélioration des outils de mesure des inégalités, la sensibilisation et la lutte contre le harcèlement, l’articulation de la vie personnelle et professionnelle, et l’accompagnement de la parentalité. Sur les questions de mixité, nous faisons des ateliers avec les étudiantes, sur la prise de parole, l’insertion professionnelle, la levée des inhibitions des jeunes femmes, etc.

Nous avons 63% de femmes à l’entrée en première année, et 60% à l’entrée en Master. Nous devons donc remobiliser les garçons. Mais des disparités demeurent selon les filières : les étudiantes  s’orientent moins vers la finance, et les étudiants sont minoritaires en droit, par exemple.

Nous devons être attentifs à aider les étudiantes à se placer à des postes à responsabilité. C’est pour cette raison que nous annonçons le lancement, le 11 avril, d’une chaire pour l’entrepreneuriat des  femmes qui sera soutenue par la Fondation Chanel et Goldman Sachs.

Connaissez-vous déjà les trajectoires d’insertion des anciens étudiants de Sciences po ?

Grâce à nos enquêtes annuelles d’insertion, nous avons pu constater que les femmes et les hommes, anciens étudiants, s’insèrent très bien sur le marché du travail, mais les écarts de salaires restent de 15% en moyenne à la sortie. Si les jeunes femmes ont, comme leurs homologues masculins, des postes à responsabilité, elles ont tendance à se diriger plus fortement vers l’associatif, l’international, la culture, la communication, autant de secteurs moins rémunérateurs.

Nous animons également des ateliers pour les jeunes femmes sur la négociation de leur salaire. Et nous les accompagnons sur la rédaction de leur CV, car les femmes ont tendance à moins valoriser leurs compétences.

Peut-être existe-t-il un problème au niveau du recrutement ?

Dans l’administration, il existe des biais dans le recrutement, même si ces postes sont accessibles sur concours. Les recruteurs sont souvent des hommes, de leur côté, les femmes ont certaines inhibitions qui les poussent moins à se présenter au Quai d’Orsay – elles se projettent sur les difficultés que peut représenter une carrière internationale – ou à la préfectorale après l’ENA. Sur la prépa ENA, j’accompagne les jeunes femmes pour l’oral car, si elles réussissent très bien les écrits, l’épreuve orale leur est plus difficile.

Et en interne, est-ce que Sciences po met en pratique ce qu’elle enseigne à ses étudiant.e.s ?

En interne, nous avons identifié des métiers comme étant non suffisamment mixtes, comme appariteur. Ces messieurs sont identifiés par leur cravate rouge. Vous voyez, j’ai dit « messieurs ». Notre plan consiste à embaucher plus de femmes à ces postes.

Les écarts de salaires sont quasiment inexistants en moyenne chez nos personnels administratifs. En revanche, nous avons encore du chemin à parcourir pour éviter les biais dans le mode de sélection du personnel scientifique et académique.

Nous avons 250 professeurs salariés, avec plus de femmes en droit et en sociologie, mais moins en économie. Et nous comptons 4000 intervenants extérieurs, majoritairement des hommes car travaillant par ailleurs, ils viennent souvent donner des cours entre 8 et 10 heures ou entre 18 et 20 heures, des horaires qui conviennent moins aux femmes. Nous nous sommes donc fixé un objectif de 40% de mixité sur les intervenants extérieurs.

Notre directeur Frédéric Mion, « champion » du programme onusien HeForShe, nous organisons des  heures de mentorats, nous mobilisons les hommes sur les questions d’égalité. Tendre vers l’égalité est une action qui n’aura un impact que si les hommes sont impliqués.

Rencontrez-vous des problématiques de harcèlement au sein de l’établissement et comment les traitez-vous ?

C’est un sujet important, et nous avons mis en place une cellule d’écoute sur le harcèlement composée de psychologues, d’une assistante sociale, de médecins et de membres de l’administration. L’idée est de diffuser des informations, de faire de la sensibilisation et d’établir des protocoles pour recevoir les étudiants. Si un problème est rencontré des mesures peuvent être prises sur le plan disciplinaires, voire peuvent aller jusqu’au pénal.

Pour l’instant, la cellule reçoit de nombreux signalements de sexisme ordinaire, des problématiques de relations amoureuses violentes. Nous accueillons 50% d’étudiants étrangers, il est donc important de rassurer les établissements qui les envoient, ainsi que les parents.

Dix recommandations sont données aux enseignants sur les questions d’égalité et sur le sexisme ordinaire pour les amener à s’interroger sur leurs pratiques. Par exemple, nous demandons que ne soient pas organisés de rendez-vous prof-étudiant à l’extérieur de l’établissement et quand des dîners de groupes sont organisés, cela ne doit pas être chez l’enseignant.

Pourquoi avez-vous décidé de lancer une première édition de « Sciences mômes » et en quoi consiste cette initiative ?

De nombreuses entreprises organisent des « family days », nous avons donc décidé de pousser le concept. Sciences po est un lieu de transmissions, donc l’idée est de transmettre aux enfants de nos salariés, des salariés souvent très engagés, ce qu’est ce lieu dans lequel leurs parents passent autant de temps. Nos salariés expriment une grande fierté de leur travail, ils ont un sens très développé de l’intérêt général car ils forment des personnes qui auront un impact sur le monde, dans le privé et dans le public.

Sciences mômes a pour objectif d’être une journée ludique et pédagogique pour les enfants de 3 à 18 ans. 182 enfants de nos 1 200 salariés, mais aussi une dizaine d’étudiants-parents, étaient présents mercredi 28 mars dans les locaux de la rue Saint Guillaume. Les étudiants-parents constitue  une communauté que nous identifions insuffisamment.

Il est important de sensibiliser les enfants, les inspirer. Ils ont pu assister à un cours « pourquoi désobéir », ont vu un robot qui aide les étudiants en situation de handicap, ont fait de la controverse, de la cartographie et ont été sensibilisé à l’histoire de Sciences Po et au métier de leurs parents. Côté parents, nous avons eu un débat « qui va garder les enfants » pour discuter entre parents de la conciliation vie professionnelle/vie personnelle.

Cette initiative est une petite pierre d’une politique largement portée à Sciences po en faveur de l’égalité et de la parentalité.

Article du 12 Avril 2018

– Auteur Journaliste cheffe de rubrique Management / Entrepreneurs / Femmes@Forbes
13 avril 2018

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